Critiques

CRITIQUE - Quand la sorcière vole le show !

CRITIQUE - Quand la sorcière vole le show !

Nicole Ross (Gretel) et Mia Rolland (Hänsel), Hänsel und Gretel, Atelier d'opéra de l'Université de Montréal, 2025
Photographie: Nina Gibelin Souchon

Permettez ici que le critique plonge dans ses souvenirs. Nous sommes à l’hiver 2006 et l’étudiant passionné d’opéra que j’étais allait encourager ses amis et collègues étudiant.e.s dans la production d’Hänsel und Gretel alors confiée à la metteure en scène Alice Ronfard. Le souvenir de ce spectacle m’habite encore, en particulier car il s’agissait de mon premier contact avec cette œuvre charmante et délectable. Un coup de foudre en quelque sorte.

C’est avec ce souvenir en tête que j’ai gravi, presque vingt ans plus tard, la côte menant à la salle Claude-Champagne pour y découvrir cette nouvelle production de l’opéra d’Humperdinck. L’expérience aura été fort différente ! 

D’abord, il faut souligner que c’est une version arrangée pour un orchestre de chambre qui était proposée. Cette réduction à 27 musiciens, réalisée par Jonathan Lyness, a l’avantage de ne pas être trop lourde, ce qui évite assurément bien des ennuis du côté des jeunes voix en formation qui n’ont pas à se battre contre une masse orchestrale trop puissante. Or on y perd beaucoup : nous n’avons plus l’onctueux des cordes, et de passer de quatre cors à deux, ça rend plusieurs passages bien menus. Nous comprenons tant les enjeux pédagogiques que budgétaires qui dictent ce choix, mais la partition d’origine nous a cruellement manquée. D’autant plus que les musiciens de l’orchestre n’étaient pas très solides : avec si peu d’instrumentistes, chaque erreur devenait flagrante, fragilisant l’ensemble de la performance.

Comme à l’habitude, le spectacle était présenté avec deux distributions, mais cette fois-ci, chacune d’entre elles n’a la chance de briller qu’un seul soir. Souhaitons que ces jeunes interprètes ne souffrent pas de trouble d’anxiété de performance, car ils n’ont pour ainsi dire pas le droit à l’erreur !

Lors du premier soir, le duo-titre était bien distribué, avec une mention spéciale pour le Hänsel de Mia Rolland, interprété avec beaucoup d’aplomb et un sens musical solide. La jolie voix de Nicole Ross, quoiqu’un peu verte, conférait à sa Gretel un aspect plus juvénile. Le reste de la distribution était défendu de façon honorable. Ce qui retient surtout notre attention, c’est Pierre Heault qui, dans la peau de la sorcière, volait la vedette ! Le chanteur, qui est aussi un artiste de cirque, déploie un jeu physique agile et très amusant. Clairement, il prend un immense plaisir à jouer cette sorcière aussi machiavélique que complètement risible. Un plaisir contagieux que le public a grandement apprécié.

Pierre Heault (La sorcière), Hänsel und Gretel, Atelier d'opéra de l'Université de Montréal, 2025
Photographie: Nina Gibelin Souchon

À la mise en scène, le duo formé par Roxane Loumède et Patrick R. Lacharité a livré un spectacle mi-figue mi-raisin. L’action se déroulait sur un plateau central, entouré de « coulisses » où les chanteurs nous faisaient voir « l’arrière-scène » en temps réel. Ce théâtre dans le théâtre (ou plutôt cet opéra dans l’opéra !) n’apportait rien de nouveau au livret d’origine, même qu’il en diluait quelque peu l’action, plombant la première partie du spectacle d’un rythme distillé et un peu monotone. La célèbre pantomime à la fin du 2e acte était en ce sens d’un ennui désolant : seules des projections représentant des anges (enfin, on imagine, parce que les formes en mouvement quelque peu abstraites pouvaient être interprétées de bien d’autres façons...) animaient cette musique dans un effet qui lassait rapidement. Il faut attendre le 3e acte pour que la magie opère avec des projections et des jeux d’ombres plus inventifs, ainsi qu’une direction d’acteurs plus resserrée. 

Par chance, le théâtre dans le théâtre n’a pas pris trop de place dans l’ensemble de la soirée, car il était franchement superflu. Il aurait été mieux de miser sur une plus grande implication des chanteurs dans le jeu et la psychologie de leur personnage. Pourquoi s’embourber d’un concept décalé alors que l’essentiel est d’offrir une formation et une expérience scénique pertinente à ces jeunes chanteurs ?

Cheffe invitée pour l’occasion (rappelons que l’ancien chef de l’Orchestre de l’Université de Montréal, Jean-François Rivest, n’a toujours pas été remplacé depuis son départ à la retraite), Geneviève Leclair restait attentive à l’action et trouvait le moyen de conserver la cohésion dans cette soirée un peu disparate. C’est ce que l’on retient du spectacle : sa disparité. Il s’y côtoyait de nombreuses qualités mais aussi des défauts, certains pardonnables car corollaire à un travail étudiant, d’autres qui laissent pantois.

Hänsel und Gretel

Opéra en trois actes d’Engelbert Humperdinck sur un livret d’Adelheid Wette

Production
Représentation
27 février 2025
Direction musicale
Geneviève Leclair
Instrumentiste(s)
Orchestre de l’Université de Montréal
Interprète(s)
Mia Rolland (Hänsel), Nicole Ross (Gretel), Anastasia Broch (mère), Théo Raffin (père), Pierre Heault (La sorcière), Daphnée Brideau (Le marchand de sable), Daphnée Dubois (La fée rosée) et Chœur de l’Atelier d’opéra de l’Université de Montréal
Mise en scène
Roxane Loumède et Patrick R. Lacharité
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