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CRITIQUE - Aux Violons du Roy : un Requiem consolateur

CRITIQUE - Aux Violons du Roy : un Requiem consolateur

En temps « normal », les concerts ayant pour thème la mort sont présentés durant le Carême ou la Semaine sainteMais, qu’est-ce qu’un temps « normal », quand unepandémie qui n’en finit pas se double d’une tragédie comme celle que vit l’Ukraine en ce moment ? En dédiant leur concert « aux victimes de la COVID-19, aux victimes de la guerre en Ukraine et de toutes les guerres ayant cours en ce moment même »Bernard Labadie et les Violons du Roy ont choisi des œuvres de circonstance, unissant un grand classique, le Requiem de Mozart, à d’intéressantes découvertes.

Après une impressionnante minute de silence, le concert a commencé par la Symphonie funèbre en do mineur de Joseph Martin Kraus (1756-1792)contemporain presque exact de Mozarttenu en haute estime par Joseph Haydn, et qui fut compositeur et chef d’orchestre à la cour de Stockholm. L’œuvre fut composée en 1792, quelques mois avant sa mort,  un autre point commun avec Mozart! – pour les funérailles du roi de Suède Gustave IIIdont l’assassinat >span class="s5">opéra Un Ballo in maschera(Un bal masqué). Elle surprend par sa diversité stylistique puisqu’une marche funèbreencadre un Larghettode paisibles variations sur le choral luthérien Nun laßt uns den Leibbegraben (« et maintenant portons en terre ce corps »)et une fugue sur le même sujetConquise par l’interprétation pleine de profondeur des deux mouvements extrêmesj’ai eu l’impression que les Violons du Roy cherchaient à se définir dans les autres.

Bernard Labadie a eu la bonne idée d’enchaîner directement la symphonie de Kraus à la Meistermusik K. 477 de Mozart, créant ainsi une saisissante continuité, tant les deux œuvres ont de points communs. Mieux connue dans sa version pour orchestre seul (Maurerische Trauermusik ou Musique funèbre maçonnique), la brève cantate franc-maçonnique pour chœur d’hommes et orchestre de Mozart fut composée en 1785 pour l’accession au grade de Maître d’un de ses frères de loge. Faisant corps avec l’orchestre, les 14 voix masculines de la Chapelle de Québec ont fait ressortir toute la gravité et la solennité des deux versets des Lamentations de Jérémie que Mozart a traité en cantus firmus. Un moment d’une grande intensité !

Si les deux œuvres précédentes étaient une première pour les Violons du Roy, le Requiemde Mozart est leur compagnon de route depuis 35 ans et, dans leur histoire, il est associé à deux événements marquants : les funérailles de René Lévesque et les attentats du World Trade Centre. Bernard Labadie a adopté depuis plusieurs années la version réalisée en 1995 par le pianiste et musicologue Robert D. Levin. Pour qui connaît celle de Franz Xaver Sussmayr, complétée peu après la mort de Mozart, les retouches et les révisions de Levin s’intègrent parfaitement à ce que Mozart a eu le temps de composer ou d’indiquer,et gomment certaines des lourdeurs auxquelles nos oreilles s’étaient habituées au fil des années.  

Malgré quelques petites imprécisions, ce Requiem a été bien servi par les Violons du Roy et la Chapelle de Québec. Certes, les chœurs avaient parfois tendance à trop hacher les mots et les phrases (notamment dans le Dies Irae), mais ils nous ont réservé de beaux moments dans le dramatique dialogue du Confutatis, dans les contrastes de l’Hostias et dans la richesse contrapuntique italianisante de l’Amen concluant le Lacrimosaun mouvement que Levin a reconstitué à partir des quelques mesures esquissées par Mozart. 

Côté solistes, je retiens la touchante interprétation de la soprano Myriam Leblanc, à la fois fragile et émouvante dans l’Introït et le Lux aeternaet un solide ténor plein de lyrisme et de conviction en la personne d’Andrew Haji, qu’on avait pu apprécier l’an dernier dans le Barbier de Séville de Rossini à l’Opéra de Québec. Le Tuba mirum de Philippe Sly manquait dprésence et de fermetéce à quoi le baryton-basse remédiédans les ensembles. C’est dans les quatuors vocaux, équilibrés et fort bien rendus par les solistes, qu’on a pu apprécier les qualités expressives de la mezzo-soprano Rihab Chaieb.

« Le Requiem de Mozart »

ORC : Les Violons du Roy et la Chapelle de Québec

Production
Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec
Représentation
Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm , 21 avril 2022
Direction musicale
Bernard Labadie
Interprète(s)
Myriam Leblanc (soprano), Rihab Chaieb (mezzo-soprano), Andrew Haji (ténor), Philippe Sly (baryton-basse)
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