DIDONATO-NÉZET-SÉGUIN II : DE FUSION ET D’INTIMITÉ

(Photo : André Desrosiers)
Quelques semaines après avoir chanté avec l’Orchestre métropolitain à la Maison symphonique de Montréal et lors de la première tournée américaine de l’OM, la mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato était de retour en sol québécois, tout comme Yannick Nézet-Séguin qui l’accompagnait cette fois au piano. En effet, le duo avait choisi notre Capitale nationale pour présenter le cycle de lieder Winterreise (Le Voyage d’hiver) de Franz Schubert, qu’ils avaient déjà interprété quelques mois auparavant à Kansas City et Ann Arbor dans la patrie – et patrie d’adoption – des deux artistes.
Devant leur auditoire d’une salle Raoul-Jobin du Palais-Montcalm affichant complet depuis plusieurs mois déjà et un autre public qui avait rempli Le Diamant qui retransmettait le récital en direct, Joyce DiDonato et Yannick Nézet-Séguin ont offert une prestation musicale tout simplement bouleversante. Dans une mise en espace d’une grande sobriété où l’interprète devenait la lectrice du journal du Voyageur, la chanteuse a décliné les poèmes de Wilhelm Müller avec une intensité hors du commun. Du premier au dernier des 24 lieder du cycle de Schubert, elle a mis son âme à nu et s’est livrée à un exercice où sa grande musicalité a été au service d’une partition qu’on a l’habitude d’entendre par des hommes. Son interprétation n’avait toutefois rien à envier à celle des Fischer-Dieskau, Goerne, Padmore, Bostridge et Kaufmann, tant elle était en possession de l’œuvre et capable d’en livrer la douloureuse intériorité.
Cela est particulièrement vrai pour le lied « Gefrorne Tränen » (Larmes gelées) où l’émotion était, dès le début du cycle, transmise et partagée, comme l’étaient aussi les sentiments de tristesse et de désespoir dans « Einsamkeit » (Solitude). Dans cette remarquable tessiture où brillent tout autant ses aigus que ses graves, elle a touché les cœurs avec « Irrlicht » (Feu follet), « Frühlingstraum » (Rêve de printemps) et « Mut » (Courage). Mais le moment le plus bouleversant du récital, empreint de la plus grande des pureté, aura été sans conteste l’interprétation du dernier lied, « Der Leiermann » (Le veilleur) où la grande artiste lyrique, ayant quitté le journal des yeux et dont le regard exprimait une réelle détresse, a clos le cycle de façon tout à fait dramatique.
Le pianiste Yannick Nézet-Séguin était aussi un grand acteur de ce drame et a offert une prestation digne d’un grand accompagnateur, comme si c’était le métier qu’il pratiquait. Tout au long du cycle, il était au service de l’interprète et nous étions témoin d’une fusion entre ces deux artistes, dont l’intimité était aussi, grâce à lui, partagée.
Ce récital aura été l’un des grands moments de musique de l’année 2019, voire de la décennie qui s’achevait au Québec. Il était présenté au Carnegie Hall de New York le 15 décembre suivant et a fait alors l’objet d’une magnifique captation par medici.tv (www.medici.tv/en/concerts/joyce-didonato-and-yannick-nezet-seguin-perform-schuberts-winterreise)… à voir absolument !
Schubert - Winterreise
- Production
- Club musical de Québec
- Représentation
- Palais Montcalm - Salle Raoul-Jobin , 6 décembre 2019
- Interprète(s)
- Joyce DiDonato (mezzo-soprano)
- Pianiste
- Yannick Nézet-Séguin