ÉTIENNE DUPUIS ET NICOLE CAR
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(PHOTO : Nicole Car (Tatiana) et Étienne Dupuis (Eugène) dans Eugéne Onéguine de Tchaïkovski, Deutsche Oper de Berlin, 2015)
Multipliant les engagements avec des compagnies lyriques renommées, Étienne Dupuis et Nicole Car sont désormais connus du public comme le couple lyrique de l’heure. Lui est originaire de Montréal, où il a d’abord étudié le piano jazz au Cégep de Saint-Laurent avant de se diriger vers le chant à l’Université McGill. Résident à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal de 2002 à 2005, il a depuis prêté sa voix à de nombreux personnages, et se distingue dans le répertoire italien, comme en témoignent ses interprétations remarquées de Figaro dans Le Barbier de Séville de Rossini ou encore Marcello dans La Bohème de Puccini. Quant à Nicole Car, la soprano australienne a complété une formation en chant au Victorian College of Arts de l’Université de Melbourne, et a fait ses débuts en 2009 dans le rôle de Donna Anna dans Don Giovanni de Mozart au Victorian Opera de Melbourne. Elle a ensuite effectué plusieurs prises de rôles en Europe, notamment Micaëla dans Carmen de Bizet et Mimì dans La Bohème de Puccini.
C’est toutefois dans le répertoire slave que nous aurons la chance de les entendre, alors qu’ils tiendront les rôles principaux dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski pour l’ouverture de la saison à l’Opéra de Montréal. Cet opéra revêt naturellement un caractère spécial pour le couple, puisque c’est en incarnant Eugène et Tatiana au Deutsche Oper de Berlin en 2015 qu’ils se sont connus. Depuis, ils se sont produits ensemble à plusieurs reprises et prévoient de nombreux engagements conjoints. Jouer et chanter en tant que couple apporte une dynamique intéressante pour le jeu dramatique, comme le souligne Étienne Dupuis : « puisque la confiance envers le partenaire est déjà bien établie, nous répondons plus facilement aux changements dans le jeu de l’autre, et pouvons rapidement aller plus loin dans l’interprétation ».
Il n’empêche que les deux artistes se plaisent surtout à jouer des rôles éloignés de leur réalité, comme il a été le cas pour la production de La Traviata de Verdi à l’Opéra de Marseille en 2018. Alors que Nicole Car incarnait Violetta, Étienne Dupuis devait personnifier le père de son amoureux, qui s’oppose à la relation qu’entretient son fils. La proximité des deux artistes a toutefois rendu Giorgio Germont plus attachant, et leur complicité a permis de rendre efficacement le moment où Violetta parvient à gagner la sympathie du père.
Quant à Eugène Onéguine, la particularité de l’œuvre, selon Étienne Dupuis, réside dans le fait que la mort d’un des protagonistes n’arrête pas le cours de l’histoire, rompant avec les codes de l’opéra italien et français avec lesquels le public est généralement plus familier. Il voit au coeur de l’intrigue la poursuite de l’être aimé : « voir les personnages qui ne se trouvent pas est quelque chose d’une grande beauté ». Si chanter en russe représente un important défi – d’autant plus qu’Eugène Onéguine est d’abord un poème de Pouchkine, avec toutes les difficultés d’interprétation que cette forme littéraire suppose –, il n’en demeure pas moins que le travail de composition de Tchaïkovski guide habilement les interprètes. Selon le baryton, « les mots importants pour comprendre le sens sont déjà appuyés par la musique, ce qui facilite notre travail, en plus de servir utilement la trame narrative ».
Eugène Onéguine sera par ailleurs l’occasion pour Nicole Car d’effectuer ses débuts à l’Opéra de Montréal, ainsi qu’un retour pour Étienne Dupuis, dont la dernière présence remonte à 2017, alors qu’il avait incarné Pink dans Another Brick in the Wall. Leur passage au Québec sera toutefois bref : en octobre, ils retourneront à Paris pour chanter Rodrigo et Elisabetta di Valois dans Don Carlo de Verdi à l’Opéra Bastille. À l’hiver, Nicole Car tiendra le rôle de Fiordiligi dans Cosí fan tutte de Mozart au Metropolitan Opera de New York, théâtre qui accueillera ensuite Étienne Dupuis au printemps pour la production de Werther de Massenet. Il y incarnera Albert sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, et se dirigera à Berlin pour retrouver sa conjointe sur la scène du Deutsche Oper dans une version concertante de Thaïs de Massenet.
Pour l’avenir, le couple souhaite continuer à chanter ensemble. Ils rêvent d’ailleurs d’incarner Desdemona et Iago dans Otello de Verdi. Du moins, c’est ce qu’Étienne Dupuis souhaiterait ; Nicole Car pencherait plutôt pour Tosca de Puccini. Peu importe, pourvu qu’ils reviennent bientôt chez nous !