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CRITIQUE- Atelier d'opéra de L'Université de Montréal- La Vie parisienne : une effervescence contagieuse

CRITIQUE- Atelier d'opéra de L'Université de Montréal- La Vie parisienne : une effervescence contagieuse


La Vie parisienne
de Jacques Offenbach
Atelier d'opéra de l'Université de Montréal, 2020
Photographie : Antoine Saito

Œuvre phare d'Offenbach, La Vie parisienne est un opéra-bouffe dont le succès repose bien davantage sur un travail d'équipe parfaitement rodé que sur les performances vocales individuelles. Ainsi en était-il à la création, en 1866, lorsque le théâtre du Palais-Royal avait réuni non pas des artistes chevronnés de l'art lyrique, mais plutôt des comédiens capables d'entonner avec une assurance relative les joyeux couplets du « Mozart des Champs-Élysées ». La seule exception était la soprano Zulma Bouffar, intimement associée à la vie et l'œuvre du compositeur, dont le personnage de la gantière Gabrielle constitue le rôle de loin le plus exigeant de la partition. De même, Jean-Louis Barrault remporta-t-il un triomphe en 1958 avec des acteurs-chanteurs qui surent à merveille traduire l'esprit très particulier de cette pièce dont la folle cocasserie contient en filigrane une très fine critique sociale et bien sûr un vibrant hommage à la Ville Lumière. Ce sont ces mêmes qualités que l'on a retrouvées dans la production jubilatoire de l'Atelier d'opéra de l'Université de Montréal, où les quelques défaillances ou insuffisances des jeunes artistes en formation se sont effacées bien vite devant la qualité générale du spectacle.

À en juger par les costumes et les amusantes petites modifications apportées au texte - on a fait référence aux divas Callas, Tebaldi et Freni - l'action se déroulait dans les années cinquante. Grâce à des éléments de décors amovibles, on est rapidement passé de la gare de l'Ouest à l'appartement de Raoul, puis du grand salon de l'hôtel de Quimper-Karadec au restaurant du dernier acte. Avec un sens aigu de l'efficacité dramatique, le metteur en scène Alain Gauthier a su atteindre un très bon équilibre entre le côté franchement déjanté de l'ouvrage et les aspects nettement attendrissants. Les dialogues ne traînaient jamais en longueur et on ne versait pas dans un burlesque outrancier, comme c'est trop souvent le cas chez Offenbach. À la tête de l'Orchestre de l'Université de Montréal, Jean-François Rivest a su mener ses troupes tambour battant tout en faisant ressortir les infinies nuances d'une écriture beaucoup plus subtile qu'on peut le penser de prime abord. Jamais pris au dépourvu, il parvenait à rattraper des solistes qui s'emballaient ou ayant un peu de mal à suivre le bon rythme.  

Au sein de l'abondante distribution de cette soirée du 28 février, presque complètement différente de celle des 27 et 29 février, on a d'abord remarqué la superbe Gabrielle de Clémence Danvy, dotée d'une belle virtuosité et dont la voix parvenait sans problème à percer la masse orchestrale et vocale. À ses qualités purement musicales, elle a joint un talent inné pour la comédie, qui a trouvé sa meilleure expression lorsqu'elle incarnait la désopilante Madame de Saint-Amaranthe, veuve éploré d'un colonel mort à la guerre. L'autre vedette était l'artiste invité Pierre Rancourt, baron de Gondremarck hilarant, au chant généreux et à la parfaite élocution. On peut en dire autant de Martin Davout, formidable Bobinet à qui on aurait dû confier le rôle plus important de Raoul de Gardefeu. Celui-ci était joué par Mathieu Richer, également à l'aise sur scène, mais aux moyens pour l'instant plus limités. Aurore Le Hannier possèdait toute la crânerie de Métella, en plus de l'art de bien dire le texte, si essentiel dans la lecture de la lettre de Frascata et dans le rondeau « C'est ici l'endroit redouté des mères ». La baronne de Gondremarck, qui récupérait ici son air « Je suis encore toute éblouie, toute ravie » du quatrième acte de la version originale, a trouvé en Caroline Godebert une interprète sensible. Si le Brésilien d'Emmanuel Raymond péchait par un excès de prudence dans son fameux air du premier acte, il s’est ressaisit dans son duo avec Gabrielle. Enfin, les autres solistes et le chœur n’ont pas peu contribué à concourir au rythme endiablé d'une soirée hautement réjouissante. 

La Vie parisienne de Jacques Offenbach
Atelier d'opéra de L'Université de Montréal, 2020
Photographie : Antoine Saito

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La Vie parisienne, opéra bouffe de Jacques Offenbach sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy

Production : Atelier d'opéra de l'Université de Montréal
Salle Claude-Champagne, 28 février 2020

INT : Mathieu Richer (ténor), Martin Davout (ténor), Clémence Danvy (soprano), Aurore Le Hannier (mezzo-soprano), Pierre Rancourt (baryton), Caroline Godebert (soprano), Emmanuel Raymond (ténor), Jérémie Chéné-Arena (ténor), Justin Domenicone (ténor), William Azis (ténor), Léa Buijtenhuijs (soprano)
DM : Jean-François Rivest
MES : Alain Gauthier  

Production
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