CRITIQUE- Atelier d’opéra du Conservatoire de musique de Montréal- Cendrillon de Jules Massenet : un pur délice lyrique

Klara Martel-Laroche (Cendrillon)
Cendrillon de Jules Massenet
Atelier d'opéra du Conservatoire de musique de Montréal, 2020
Photographie : Jean-Sébastien Jacques
La réussite de la production est tout autant attribuable au metteur en scène Isabeau Proulx Lemire. Tout en incarnant le personnage d’Arthur de Bussières dans l’opéra Nelligan à de multiples reprises sur la scène du TNM au cours des deux derniers mois, l’artiste formé à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal s’est investi corps et âme dans la préparation de cette production. Sa mise en scène est à la fois ludique et audacieuse. La qualité de sa direction d’acteurs et d’actrices se reflète dans des prestations dramatiques de haut niveau pour la très grande majorité des protagonistes de l’opéra. L’énergie qu’il réussit à faire déployer par l’ensemble des membres de la distribution sur l’étroite scène surélevée du Théâtre Rouge – conçue par un autre metteur en scène de talent d’ici François Racine - est palpable tout au long de la représentation. La contribution de Marie-Nathalie Lacoursière, qui assume l’assistance à la mise en scène, contribue assurément à ce que soit remplie l’exigeante « commande théâtrale » de l’opéra de Massenet.
Si les décors conçus par Xavier Mary et les éclairages et vidéos de Gaspard Philippe contribuent efficacement à créer l’univers féérique dans lequel doit s’inscrire le conte de Charles Perreault, les costumes de l’Oleksandra Lykova sont impressionnants. À la simplicité de la robe de Cendrillon répond l’extravagance des costumes de Noémie et Dorothée, les toilettes de Mme de la Haltière et de la Fée n’étant pas non plus sans faire plaisir à l’œil. La conception de l’ensemble des costumes révèle un talent qui ne devrait pas échapper à nos grandes compagnies lyriques québécoises. Et je me permets ici un petit clin d’œil à mon avocate de l’Opération Droits blindés (www.facebook.com/droitsblindes) - et la choriste - Anne-Julie Asselin dont j’ai pu admirer l’élégance du costume… et l’élégance sur scène!

Anne-Julie Asselin (Une bourgeoise)
Cendrillon de Jules Massenet
Atelier d'opéra du Conservatoire de musique de Montréal, 2020
Photographie : Jean-Sébastien Jacques
Quant aux interprètes, je me permets de prédire que cette production fait naître une étoile. La soprano Klara Martel-Laroche, qui a été entendue et appréciée l’automne dernier dans l’opéra-comique La Fillle du tambour-major de Jacques Offenbach è l’Opéra Bouffe du Québec (voir la critique de Pascal Blanchet dans L’Opéra- Revue québécoise d’art lyrique, no 22 (Hiver 2020), p. 34), offre une prestation vocale remarquable, comme le révèle entre autres son interprétation de l’air « Enfin, je suis ici », caractérisée en outre par une diction impeccable. Son jeu dramatique saura acquérir en maturité et on ne peut qu’espérer qu’elle suive les traces d’autres sopranos québécoises de talent qui, comme Hélène Guillemette et pour ne prendre qu’un seul exemple, sont aujourd’hui appréciées sur les plus grandes scènes lyriques du monde. Incarnée par une autre soprano de talent, la Fée de Charlotte Vigneault est l’une des belles découvertes de la soirée. Ses aigus sont aériens et sa présence sur scène ne passe pas inaperçue.

Charlotte Vigneault (La Fée) et les six Esprits
Cendrillon de Jules Massenet
Atelier d'opéra du Conservatoire de musique de Montréal, 2020
Photographie : Jean-Sébastien Jacques
Et que dire des belles-sœurs de Cendrillon, ces Noémie et Dorothée incarnées par Sophie Naubert et Justine Ledoux-Hutchison, sinon qu’elles offrent une performance haute en couleur et digne de mention. Elles sont de véritables actrices lyriques dont le jeu burlesque est raffiné et intelligent.

Sophie Naubert (Noémie) et Justine Ledoux-Hutchison (Dorothée)
Cendrillon de Jules Massenet
Atelier d'opéra du Conservatoire de musique de Montréal, 2020
Photographie : Jean-Sébastien Jacques
Si la voix du ténor Thomas Vinals-Castonguya qui tient rôle du Prince Charmant est moins assurée en début de la représentation, elle gagne en confiance tout au long de la performance. Il en va de même de celle de Samuel Tremblay qui rend crédible un personnage qui n’a pas la jeunesse de son interprète et dont les duos du premier tableau l’acte III avec Cendrillon constitue l’un des beaux moments de la production.

Salutations.. du chef Jacques Lacombe, Isabeau Proulx Lemire et al.
Cendrillon de Jules Massenet
Atelier d'opéra du Conservatoire de musique de Montréal, 2020
Photographie : Daniel Turp
Cette soirée au Conservatoire, cette institution qui consacre la distinction du Québec sur le continent américain et dont le fondateur – et chef lyrique - Wilfrid Pelletier serait si fier, aura été un pur délice lyrique. La marche est haute pour le chef de chant et responsable de l’Atelier d’opéra Romain Pollet qui a réussi un véritable tour de force et dont on attend avec impatience la prochaine production, ce qui vaut aussi pour les trois professeures de chant du Conservatoire que sont Donna Brown, Aline Kutan et Adrienne Savoie qui ont préparé les interprètes de cette la production. Leur atelier offre une saine concurrence à celui de l’Université de Montréal qui présentera à compter du 28 février La Vie parisienne de Jacques Offenbach et à Opéra McGill dont les productions de la présente saison, et particulièrement celle de Street Scene de Kurt Weil (lire ici la critique de Benjamin Goron sur le site de L’Opéra- Revue québécoise d’art lyrique) ne peuvent que faire le bonheur des lyricomanes de la Métropole.
Ne serait-il d’ailleurs pas temps de donner à ces ateliers – et à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal - un amphithéâtre lyrique digne de ce nom et qui, mieux que le Théâtre Rouge, la salle Claude-Champagne et la salle Pollack, permettrait de mettre en valeur les jeunes artistes de ces institutions et nous préparent, à n’en point douter, une grande relève lyrique.
Cendrillon
Opéra en quatre actes et six tableaux de Jules Massenet sur un livret d’Henri Cain et de Paul Colin.
Choeur : Les Voix parallèles de l’École de musique Vincent d'Indy
Direction artistique : Romain Pollet
- Production
- Conservatoire de musique de Montréal
- Représentation
- Théâtre rouge du Conservatoire de musique de Montréal , 20 février 2020
- Chef de chœur
- Léa Moisan-Perrier
- Direction musicale
- Jacques Lacombe
- Interprète(s)
- Klara Martel Laroche (Cendrillon), Marie-Chantal Marquis (Mme de la Haltière), Thomas Vinals-Castonguay (Le Prince Charmant), Charlotte Vigneault (La Fée), Sophie Naubert (Noémie), Justine Ledoux-Hutchison (Dorothée), Samuel Tremblay (Panfolfe), Jean-Philippe Lupien (Roi), Marie-Claire Drolet (Doyenne), Alexandre Duguay (Surintendant) Julie Cossette (Premier ministre), Amélie Bédard-Capdet, Alice Boissinot, Natacha Demers, Nathasha Henry, Odile Portugais, Ariane Prévost (Six Esprits), Léonard Sauvé (Héraut du Roi)
- Mise en scène
- Isabeau Proulx-Lemire, assisté de Marie-Nathalie Lacoursière